AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

De l'autorité des Penseurs musulmans du 8ème/9ème siècle sur les musulmans du 21ème siècle - Par Oumar DIOP GONZ *

 

Qui sont ces intellectuels, ces docteurs de la foi,comme on les appelle, qui ont surgi comme cela dans l'Histoire au 8ème et 9ème siècle ? 

 

Quelque soixantaine d'années après la mort du Prophète (Paix et Salut sur Lui),  l'Islam, confronté à une situation sociale qui évoluait en se complexifiant, fit donc appel à la Tradition (Sunna) comme deuxième pilier pour démêler des problèmes de plus en plus inextricables. 

 

La Sunna est fondée sur les attitudes, des actions, les paroles, les silences du Prophète (PSL), rapportés par ses Compagnons. Ce témoignage constitue les hadiths.

 

Bientôt les hadiths vont acquérir une telle autorité,  que quiconque qui voulait imposer un principe nouveau en brandissait un.

 

C'est dans cette période, que des érudits musulmans ont surgi du lot pour jeter les bases de la réflexion juridique (Fiqh). 

 

D'abord, Abou Hanifa (rite Hanafite, 1/3 des sunnites actuellement). Né en 696, mort en 767, persan d'origine, il prend le Coran comme source principale de droits,  la Sunna étant subordonnée au jugement personnel s'appuyant sur l'opinion (ra'j), sur l'analogie (Quyas), sur le consensus (Ijma) ,sur le critère de préférence (itstishan).

 

Après, Malick Ibn Anas (Malekite, 1/7 des sunnites). Né  en 712, mort en 795, élève des tabitouns (disciples des Compagnons du Prophète), il restaure l'autorité de la Sunna alliée au droit coutumier de Médine, rejette l'interprétation personnelle en ne conservant que le  consensus cette fois-ci  uniquement réservé aux seuls docteurs de Médine. 

 

Ensuite, Mohamed Ben Idris El Chafii (les Chafiites, Proche Orient et Asie du Sud Est)). Né en 767, mort en 820, élève de Malk Ibn Anas, il élargit le consensus à tous les docteurs, réintroduit le recours à l'analogie mais en l'encadrant strictement, rejette le droit coutumier. 

 

Enfin, Ahmed Ibn Hanball (les Hanballites, en Arabie Saoudite particulierement). Né en 780, mort en 855, élève de El Chafii, il rejette l'interprétation personnelle sauf dans de très rares cas. Rien que le Coran et la Sunna, disait-il.

 

D'autres écoles ont existé,  celle de Daoud au 9ème siècle  par exemple. Mais elles n'ont pas réussi à se maintenir, contrairement aux 4 précédentes écoles fondées par ces  docteurs de la foi.

 

Pourquoi les Musulmans du 21ème siècle semblent vouloir arrêter la reflexion sur la Religion à ces grands Penseurs et à leurs continuateurs ?

 

Ce bref rappel historique montre que les Anciens ont fait preuve d'audace en prenant à bras le corps les préoccupations de leur époque, en proposant des solutions qui ont eu l'adhésion de leurs frères musulmans. 

Leur ligne directrice commune est le Coran. 


Tandis que l'un subordonne la Sunna à la reflexion personnelle, les autres  s'appuient fortement sur la première tout en limitant strictement la seconde. 

Ce travail  de réflexion qu'ils ont accompli, eux et d'autres,  à partir des mêmes matériaux, pourquoi notre siècle le refuserait-t-il à  ses intellectuels?

 

Que les Modernes revisitent les Anciens  n'est en rien hérétique. Cela s'inscrirait très bien dans la tradition de ces docteurs de la foi, que le choc des idées n'effrayaient guère. 

 

Certains, mêmes parmi ces anciens, comme Chafii, auraient été étonnés de voir leur opinions devenir des arguments d'Autorité !

 

Alors, pourquoi cette frilosité de notre époque ?

 

(*) Promotion 1970 



20/05/2021
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