AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

ET SI ON ATTENDAIT LE MOIS D’OCTOBRE 2020 !

 

  • PAR Gaston SANKHARE *

 

La Covid 19, est une maladie à voie respiratoire qui a été signalée pour la première fois à Wuhan en Chine le 31 décembre 2019. Sa vitesse de contamination est telle qu’en moins de trois mois, elle s’est répandue dans le monde entier pour devenir une pandémie.

 

De la Chine, elle s’est propagée rapidement en Asie, en Europe, en Australie et en Afrique. Aucun continent du globe n’a été épargné par le virus qui a fini de hanter le sommeil et la tranquillité des plus grandes puissances du monde.

 

La facilité et la rapidité de transmission du virus sont telles qu’il a surpris tout le monde, occasionnant des bilans macabres sur son passage du fait qu’aucun vaccin n’est à ce jour disponible pour l’arrêter. Quelques données pour mesurer la dangerosité du virus. Le tableau ci-dessous présente la situation de la pandémie dans le monde à la date du 08 juin 2020.

 

tableau covid 19

 

 

 

En six mois d’existence le virus a atteint 7091634 de personnes dans le monde avec 406192 décès soit un taux de létalité de 5,72%, ce qui est énorme. La situation dans les pays développés est le suivant :

 

Pays

Cas confirmés

Nombre de décès

Taux de létalité

Etats Unis

2007449

112469

5,60

Espagne

288630

27136

9,40

Italie

234998

33899

14,42

France

153977

29155

18,93

Chine

83030

4634

5,58

 

A cette date, la situation se présente ainsi pour quelques pays d’Afrique

 

Pays

Cas confirmés

Nombre de décès

Taux de létalité

Afrique

190017

5184

2,7

Sénégal

4427

49

1,10

Côte d’Ivoire

3739

36

0,96

Maroc

8224

208

2,52

 

 

 

 

 

 

Ce qui a le plus surpris, c’est l’ampleur des taux de létalité dans les pays dits développés dépassant partout 5% et atteignant même des pics de 18,93% en France et 14,42% en Italie. Et malgré toutes les mesures de prévention prises par ces nations : réduction du volume des activités socio-économiques, confinements, fermetures des établissements scolaires, fermetures des frontières terrestres et aériennes, états d’urgence suivis de couvre-feu, etc…, le virus a continué sa propagation fulgurante et mortelle à tel point que sa capacité de nuisance a étonné plus d’un.

 

Au Sénégal, le premier cas de Covid 19 s’est signalé le 02 mars 2020 par un cas importé. D’un cas, on est passé à 2 cas le 03 mars 2020. Le virus a continué sa propagation, contraignant les autorités à fermer les établissements scolaires et universitaires pour trois semaines le 14 mars 2020.

 

Le virus gagnant toujours du terrain, l’Etat d’urgence a été déclaré le 23 mars assorti de couvre- feu et de plusieurs mesures de restrictions des libertés publiques : fermeture des marchés et des lieux de culte, interdiction des rassemblements, limitation ou interdiction des transports de région à région, etc…

 

Malgré toutes ces mesures prises, le virus continue sa propagation. Et le Président de la République dans son adresse à la nation du 29 mai, a révélé que le plan de contingentement mis en œuvre pour endiguer la progression du virus, de toute évidence n’y est pas encore parvenu car la Covid 19 gagne du terrain.

 

La situation épidémiologique délicate de la pandémie a conduit à trois reports de la réouverture des écoles : prévue dans un premier temps pour le 06 avril, elle a été reportée 04 mai puis au 02 juin sans succès.

La réouverture du 02 juin a été marquée par un événement spectaculaire : après avoir dépensé tant d’efforts pour que enseignants et élèves rejoignent leurs postes, la veille, le 01 juin aux environs de 23, l’Etat est revenu sur la décision de rouvrir les écoles le lendemain car des enseignants seraient testés positifs à Ziguinchor. Cette volte-face de dernière minute, montre à suffisance l’absence de maîtrise sur la situation.

 

A cela viennent s’ajouter les dernières mesures d’assouplissement des restrictions dans le transport: libération totale du trafic de région en région. Cette reprise du trafic est une situation qui favorise la circulation à grande échelle du virus. En ce moment, nul ne peut prédire avec exactitude le comportement du virus. Il faut attendre deux à trois semaines pour voir l’impact de la libération du trafic sur la propagation ou la dissémination du virus à travers le pays.

 

Or, deux semaines de plus conduisent à mi-juin. Les premières pluies se sont déjà annoncées dans plusieurs localités du pays avec des vents et orages ayant occasionné des dégâts matériels dans certains établissements : le CFP de Bakel qui a été inondé, et les abris provisoires du Lycée de Bouna Kane de Kolda ont été complétement détruits.

 

La prise en compte de ces quelques paramètres ne favorise pas une reprise entre juin et juillet 2020 quand on sait que plus on avance dans le temps, plus les pluies n’augmentent en régularité et en intensité. Pire, la réapparition du virus en Chine qui croyait l’avoir éradiqué, doit pousser à la prudence. Et, au Sénégal, l’augmentation des cas et du nombre de décès constatés depuis l’assouplissement des restrictions dans le transport, sont des signes à décrypter sérieusement. Tout le monde constate avec évidence que les cas augmentent, le nombre de décès augmente avec un taux de létalité relativement important. Cf tableau ci-dessous


Tableau Evolution Covid 19 du 01 au 21 juin 2020

 

Dates

Nbre de cas

Guéris

Décès

TauxbGuérison

Taux létalité

 
 

01/06/2020

3739

1858

42

49,69

1,12

 

02/06/2020

3836

1954

43

50,94

1,12

 

03/06/2020

3932

2063

45

52,47

1,14

 

04/06/2020

4021

2162

45

53,77

1,12

 

05/06/2020

4155

2276

45

54,78

1,08

 

07/06/2020

4328

2588

49

59,80

1,13

 

08/06/2020

4427

2699

49

60,97

1,11

 

09/06/2020

4516

2809

52

62,20

1,15

 

10/06/2020

4540

2885

52

63,55

1,15

 

11/06/2020

4759

2994

55

62,91

1,16

 

12/06/2020

4851

3100

56

63,90

1,15

 

13/06/2020

4996

3228

60

64,61

1,20

 

14/06/2020

5090

3344

60

65,70

1,18

 

15/06/2020

5173

3424

64

66,19

1,24

 

16/06/2020

5247

3525

70

67,18

1,33

 

17/06/2020

5369

3606

73

67,16

1,36

 

18/06/2020

5475

3716

76

67,87

1,39

 

19/06/2020

5639

3788

79

67,18

1,40

 

20/06/2020

5783

3859

82

66,73

1,42

 

21/06/2020

5888

3919

84

66,56

1,43

 

 

 

         

 

 

graphe covid 19

 

 

applat cofivde &à

 

 

 

Or, la situation idéale serait que le nombre de cas, le nombre de décès et le taux de létalité baissent progressivement et, parallèlement, le nombre de guéris et le taux de guérison soient à la hausse.

Nous n’en sommes pas encore à ce stade contrairement aux pays occidentaux qui ont décidé de la réouverture de leurs écoles. Dans tous ces pays, les cas et les morts ont baissé considérablement.

 

Pour autant, le système scolaire ne doit pas perdre les acquis qu’il a engrangés d’octobre 2019 à mars 2020. Il est difficile d’admettre que tous les efforts consentis par l’Etat, les enseignants, les parents d’élèves et les partenaires soient réduits à rien du fait de la Covid 19 qui ne semble pas encore maîtrisée.

 Dès lors, on est face  à un dilemme : faut-il décréter l’année blanche ou l’année invalide, ou faut-il poursuivre les enseignements apprentissages en vue de terminer l’année.

 

La présente réflexion cherche à trouver une solution au dilemme. Il s’agit, à l’entame, de rejeter toute idée d’année blanche ou invalide, en raison des conséquences néfastes de chacune de ces deux solutions. Au contraire; il s’agit :

 

  • de trouver un schéma pour que l’école rouvre ses portes au moment opportun, pour tous les niveaux en même temps ;
  • d’éviter que cette réouverture ne mette l’école dans une situation de vecteur de propagation du virus ;
  • de veiller à ce que le quantum horaire requis, pour faire des évaluations et des examens scolaires de fin d’année valides, puisse être atteint tant pour 2019-2020 que pour 2020-2021.

 

Proposer un schéma pertinent de réouverture des écoles et établissements scolaires, dans un contexte marqué par la présence ou l’impact de la Covid 19, nécessite de prendre du recul pour se donner suffisamment de temps. Et nous pensons que le mois d’octobre 2020 semble tout indiqué.

 

Octobre est le mois traditionnel d’ouverture des écoles. En outre d’ici octobre 2020, les services compétents de la santé auront sans doute une idée précise de la position du virus et pourront donner des indications sur l’évolution de sa vitesse de propagation et sur sa capacité de nuisance. Car, la triste réalité est que c’est le virus qui commande tout.

 

Mais, il ne s’agit pas d’attendre jusqu’en octobre pour concevoir le schéma : il s’agit, pour ne pas être pris de court,  de le concevoir et de l’adapter au fur et à mesure du comportement du virus.

 

En plus de la période de réouverture, le schéma doit donner des indications précises sur le nombre de jours effectifs d’enseignements-apprentissage durant les périodes octobre –décembre 2020 et janvier- juillet 2021. Ceci dans le but :

 

 

Sur le plan pédagogique :

 

  • d’estimer et de compléter le quantum horaire manquant pour atteindre les seuils d’enseignements-apprentissages requis en vue d’organiser les évaluations et les examens scolaires de fin d’année valides pour le compte de 2019-2020 ; en tout état de cause, les compositions du deuxième trimestres et les passages en classes supérieures pour les niveaux intermédiaires devraient être terminés au plus tard en fin novembre 2020. Les examens scolaires, CFEE, BFEM et BAC devraient être organisés en décembre 2020.
  • d’estimer le quantum horaire réalisable pour l’année 2020-2021, qui commencera en janvier 2021, en vue d’atteindre les seuils d’enseignements/apprentissages requis pour terminer convenablement l’année. Un texte fixera les différentes échéances
  • de proposer de nouveaux emplois du temps conçus uniquement pour la circonstance avec 06 heures de cours par jour et 06 jours de cours par semaine pour l’élémentaire ; les autres sous-secteurs vont adapter le schéma à leurs réalités ;
  • de proposer des allégements au niveau des contenus d’enseignement car il est possible de faire l’économie de certains contenus dans nos classes ;
  • d’optimiser le temps scolaire par une réduction de la durée des fêtes et vacances en 2020-2021.

 

Sur le plan administratif :

 

  • Procéder aux inscriptions au CI de novembre à décembre 2020 ceci, pour donner plus de temps aux directeurs d’école de stabiliser la rentrée ;
  • Les enseignants affectés rejoindront leur poste dans la première quinzaine de janvier 2021.

 

Sur les plans infrastructurel et matériel :

 

  • identifier les abris provisoires qui ne pourront pas être fonctionnels en octobre pour trouver avec les communautés des solutions alternatives en relation avec les collectivités et les parents ;
  • Identifier les zones à fortes densités pluviométriques pour anticiper sur d’éventuelles perturbations dues à la pluie en relation avec les collectivités et les parents ;
  • Mettre en place à temps le matériel scolaire et le mobilier ;
  • Veiller à ce que les collectivités mettent en place à temps les fournitures scolaires dans le cadre des fonds de dotation de la décentralisation ;

 

Sur le plan sanitaire :

 

  • Veiller à l’effectivité du protocole sanitaire dans toutes les écoles et dans tous les établissements

 

Sur le plan de la gestion des personnels :

 

Il serait souhaitable que les maîtres continuent avec leur classe et leurs élèves actuels jusqu’en fin décembre 2020 pour éviter une éventuelle déstabilisation des élèves par la présence d’un nouveau maître. L’autre avantage est que le maître n’aura pas de problème d’adaptation et  de point d’ancrage du démarrage de ses enseignements apprentissages : il est sensé maîtriser sa classe, ses planifications et leurs niveaux de réalisation, donc la prise en main sera aisée. Cette option suppose que, après négociation avec les partenaires sociaux :

 

  • soit on sursoit aux mouvements national et régional des personnels ;
  • soit les mouvements ont lieu mais leurs effets n’entreront en vigueur qu’à partir de fin décembre 2020 après les examens scolaires.

 

Sur le plan de la motivation des personnels :

 

L’année scolaire 2020-2021 sera une année très difficile qui doit être amorcée  et déroulée avec beaucoup plus d’engagement, d’abnégation et de sacrifice pour tous, pour le personnel enseignant en particulier.

En revanche, ces attitudes, dont les enseignants ont fait montre lors des mouvements de convoyage aux lieux de travail, doivent être soutenues et accompagnées par des mesures incitatives de la part de l’Etat. C’est en cela que nous soutenions que l’Etat doit faire de très grands engagements et de très grands sacrifices. Ainsi, et dans la mesure du possible, l’Etat pourrait :

 

  • soit, accorder une prime forfaitaire de motivation à tous les enseignants craie en main. Le montant (qui doit être harmonisé pour tous les corps) et les modalités seront à discuter avec les syndicats d’enseignants ;
  • ou, s’engager solennellement à régler, pendant la période d’octobre 2020 à août 2021, tous les actes de gestion administrative liée à la carrière de enseignants : actes de validation, d’avancement, de reclassement, de mise en solde ;
  • cet engagement doit s’étendre jusqu’à la mise en œuvre des processus devant aboutir à la jouissance des effets pécuniaires desdits actes sans que l’enseignant soit obligé de quitter son poste pour aller, à la Fonction Publique pour retirer un acte, ou aux Finances pour liquidation. Tout ceci pour seulement optimiser le temps de travail.

 

Pour conclure, ceci n’est qu’un ensemble de suggestions que notre modeste personne veut partager avec la masse importante de cadres de tous bords du pays, les cadres enseignants en particuliers. Nous n’avons pas la prétention de croire que nos suggestions sont la clé du problème. Loin de là. Nous pensons seulement, qu’en notre de qualité d’enseignant retraité (qui est peut-être dépassé), nous devons toujours rester collé à cette école qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Elle est en difficulté, chacun de nous, par reconnaissance doit essayer quelque chose pour l’en sortir.

 

Par ailleurs, nous affirmons avec force que LA DECISION APPARTIENT A L’AUTORITE.

 

Mais nous pensons tout autant qu’il y a des préalables :

 

  • une concertation large et inclusive avant toute décision ;
  • une grande campagne d’information, de sensibilisation pour faire adhérer tous au schéma retenu avant sa mise en œuvre, car, plus les gens sont informés, moins il y aura de problèmes ;

 

D’avance, nous respectons toutes idées contraires aux nôtres. C’est de la contradiction objective que naîtra la voie royale.

       

(*) Inspecteur de l’enseignement

     à la retraite à Mbacké

 

 



22/06/2020
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