Gorée (1913-1937) : L’institution se diversifie
L’Ecole normale d’instituteurs de Saint-Louis est transférée à Gorée le 1er mars 1913 et prend dans un premier temps le nom d’« Ecole normale d’instituteurs de Gorée ». Le 13 juin 1915 le gouverneur général de l’AOF, William Ponty, meurt à Dakar, et quelques semaines plus tard, l’école est rebaptisée en son honneur « Ecole normale William Ponty ». L’institution voit ses effectifs atteindre 100 élèves en 1917. C’était l’objectif chiffré que son parrain, alors Gouverneur général de l’AOF, avait fixé pour les trois promotions réunies dans son enceinte.
En 1921 l’école est réorganisée ; elle intègre l’Ecole d’apprentissage administratif et commercial dite « Ecole Faidherbe » et change d’appellation pour devenir l’« Ecole William Ponty » tout court. Elle comprend désormais trois filières : une section Enseignement, une section Administration et commerce et une section Médecine.
Un bulletin de notes de l'élève Modibo Keita
La première section, celle de l’Enseignement, continue à préparer les instituteurs du Cadre général de l’AOF. Les élèves-maîtres se recrutent par concours dans les huit colonies du groupe. Les élèves qui réussissent à l’examen de sortie, après quatre années d’études, reçoivent le «Diplôme de l’Ecole normale William Ponty». Ils sont généralement envoyés servir dans leurs colonies d’origine où ils sont bien plus utiles, parce que connaissant la mentalité, les us et coutumes de leurs compatriotes.
La deuxième section, la section Administration et commerce, ou section générale, prépare à des fonctions d’agents administratifs et pour de nombreux autres services. Elle comprend : une division administrative et postale, une division douanière et commerciale. Ceux qui avaient réussi à l’examen de fin d’études recevaient également le «Diplôme de l’Ecole William Ponty», mais avec la mention «Section générale». Ils sont tous rapatriés dans leur colonie d’origine pour y devenir des fonctionnaires adulés.
Le section médecine forme des infirmiers et prépare les candidats à l’École de médecine de l’AOF à Dakar.
Au début des années 1930, le théâtre prend, sous l’égide de Charles Béart, une place croissante au sein de l’école. Des pièces sont composées et jouées, d’abord lors de la fête de fin d’année – appelée « fête d’art indigène » –, puis à Dakar et même à Paris, au théâtre des Champs-Élysées, dans le cadre de l’Exposition internationale de 1937. Ces productions dramatiques trouvent leur inspiration dans la tradition, les coutumes (Un mariage au Dahomey, 1934) et les légendes africaines (Assémien Déhylé, roi du Sanwi, écrit par Bernard Dadié alors en troisième année), empruntant quelquefois leur sujet à l’Histoire (Entrevue de Samory et du capitaine Péroz, 1936).
À partir de 1933, les élèves doivent rédiger et soutenir des mémoires de fin d’études sur un sujet de leur choix, connus sous le nom de « Cahiers de Ponty ». 791 de ces travaux sont conservés à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN). Remarquables ou non, ils constituent pour les chercheurs une mine d’informations sur les origines et les centres d’intérêt de leurs auteurs. À titre d’exemple, des élèves originaires de Casamance ont ainsi traité les sujets suivants : L’alimentation indigène en Casamance, Rites funéraires dans le cercle de Ziguinchor ; La circoncision chez les Joola ou Une peuplade curieuse en Casamance, les Mankagne. Dans le corpus conservé, les pays les plus représentés sont le Sénégal (232), la Côte d’Ivoire (142), le Soudan (111), le Cameroun (111).
À Gorée, l’école est installée dans un grand bâtiment, connu sous le nom de « maison Lafitte », qui fut construit en 1770 sur la place principale de l’île – la future place du Gouvernement – par le négociant bordelais Lafitte. Cette bâtisse est dotée d’une belle façade ornée en plein centre d’une loggia aux arcades sur piliers carrés. Dans l’intervalle, elle avait été agrandie, transformée, louée puis confisquée par l’Etat, et avait notamment hébergé, en 1816-1817, le colonel Schmaltz nommé Gouverneur du Sénégal.
Dès 1922, des voix s’étaient fait entendre qui réclamaient le transfert de l’Ecole sur le continent. Divers projets furent envisagés à ce sujet qui restèrent sans suite. En 1931, une étude plus poussée fut faite mais elle demeura également dans les cartons en raison de la situation budgétaire difficile.
L’accident de 1933
Cependant, en 1933, un accident vint mettre au premier plan de l’actualité, le transfert de l’école. Un élève originaire de la Côte d’Ivoire ayant descendu, de nuit, l’escalier de l’Ecole accrocha la bordure en fer d’une marche et dévale l’escalier, se tuant sur le coup.
On découvrit, au petit matin, son cadavre déjà froid. Ainsi était posé de façon plus aigue le problème de la vétusté des installations goréennes dont on critiquait déjà les bâtiments épais et non adaptés aux nécessités de l’Enseignement.
Les inconvénients du « confinement » dans l’île
Le confinement des élèves dans l’île amenait aussi des frictions avec la population qu’un rapport d’un Directeur de l’époque relate comme suit : « Je signalerai en terminant un autre inconvénient du séjour à Gorée : les quelques européens qui habitaient la ville sont chatouilleux à l’excès ; ils veulent que l’on ait pour eux des égards ; pour la moindre des choses ils seraient tentés de rudoyer nos élèves, de les traiter de sales nègres et, comme ceux-ci ont leur amour-propre, qu’ils sont orgueilleux par nature, il peut en résulter des froissements regrettables. D’ailleurs, un simple fait qui passerait inaperçu dans toute autre localité prend de suite, aux yeux de ces gens, une importance considérable. Leur mentalité se ressent de l’étroitesse de leur résidence ».
Le transfert est décidé en 1934
On avait pensé précédemment à fixer l’école à coté de l’emplacement prévu pour l’installation de l’Université de Dakar, maïs certaines pensèrent que l’installation des élèves à proximité de la ville ne serait que ne l’était l’insularité goréenne, finalement, le choix se porta sur Sébikotane.
Les lieux abandonnés par l’école pour Sébikotane en 1937, la maison est transformée en caserne pour les laptots de l’artillerie côtière.
TEMOIGNAGE DE MAMADOUDIA , PROMOTION 1927-1930
« C’est à Saint-Louis que j’ai passé le concours d’entrée à William Ponty en 1927. Je fus reçu premier de l’AOF. J’eus entre autres condisciples à William Ponty, Capochichi, travailleur infatigable. Il prit le meilleur sur moi. Du fait de ses possibilités matérielles, il achetait nombre de livres qui lui permettaient d’ouvrir ses fenêtres sur d’autres horizons. Moi je me contentais du cours de nos professeurs. Capochichi venait du Dahomey (l’actuel Bénin).Ainsi lors des compositions, il pouvait avoir recours à des sources variées. De la sorte il me battait. De très peu à vrai dire .Malgré les contrecoups que j’ai connus à l’examen de sortie, j’ai été reçu avec la mention BIEN…
C’est pendant mon séjour à Ponty qu’il y a eu, chez moi, un certain remaniement de la personnalité, une certaine restructuration. Je découvrais les joies de l’étude de la littérature française, de la lecture… joies également des mathématiques, donc la spéculation intellectuelle .Et ceci devait me marquer pour le reste de ma vie.
Mais j’ai subi à Ponty une autre influence : j’ai découvert le fait colonial. Le fait colonial ressenti d’ailleurs comme le racisme.
C’est à Ponty que j’ai commencé à écrire, que je me suis senti une sorte de disposition dans ce sens. J’avais rempli quelques carnets que mes camarades s’arrachaient. Gorée a été pour moi plus qu’une école. Je m’y suis senti une nouvelle personnalité. Peut-être naissait en moi et se formait cette vocation d’agitateur politique qui allait faire parler de lui. Par la suite comme on le verra, quand je serai instituteur à Saint-Louis en compagnie de Fara Sow.
Mamadou Dia, Itinéraire d’un militant du Tiers-Monde. Publisud, 1985.
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PROMOTION 1914
- Birima DIAKITE HSN
- Yacine DIALLO GUI
- Jean DIAKITE HSN
- Bakary Sounkoura HSN
- Namoussa DOUMBIA HSN
- Lakamine DIAKITE HSN
- Amessan Bertrand CI
- KONTE Moussa SEN (Zig)
- Abdou FALL SEN (SL)
- Ngaissougou Kamaté CI
- Emile CAMARA HSN
- Djiby COULIBALY HSN
- Charles PRERA HSN
- Mohamed Abdoulaye GUEYE SEN (SL)
- Demba DIALLO HSN
- Birima SISSOKHO HSN
- Ibrahima BATHILY HSN
- Samba SANGARE CI
- Thomas WILLIAMS GUI (Konakry)
- Diango KANOUTE HSN
PROMOTION 1916
- Mamadou KONATE HSN
- Louis DIGUE HSN
- Badian DIAKITE HSN
- Kolado SIDIBE HSN
- Apho SO HSN
- Albert LARBA HSN
- Issago SO HSN
- Alioune DIOP HSN
- Amadou SARR SEN
- Louis TRAORE HSN
- Ambroise DOSSOU DAH
- Latif TRAORE HSN
- Tanimino Jacob DAH
- Alexandre D’ALMEIDA DAH
- Jean TRAORE HSN
- Lansana Laho GUI
- Kola Tamboura HSN
- Boubacar SAR SEN
- Augustin JOHNSON DAH
- Adolphe CROS GUI
- Gabriel Prince DAH
- A2kouété Emile DAH
- Kouamé N’Guessan CI
- Almamy CISSE GUI
- Lamine CISSE SEN
- Mankouma Kourouma GUI
- Moussa DIOUF SEN
- Bécaye BA SEN
- Jules Irel CI
- Anoï Miniba CI
- Didia Lambert CI
- Soriba CISSE GUI
- Assane FALL SEN
- Abdoul Hamed GUEYE SEN
- Boubacar SOW SEN
- Sidique TARAORE HSN
- Ousseynou FALL SEN
- Bemba Magassouba GUI
- Douta TRAORE HSN
- Majhmoute BA SEN
PROMOTION 1917
- Béricoro SANGARE HSN
- Bakary Timbo HSN
- Abdourahmane GUEYE HSN
- Madani Sabitou GUI
- Yagama Tembélé HSN
- Nouhoum COULIBALY HSN
- Sidi TOURE GUI
- Pierre BERTE HSN
- Kama Henri CI
- Paul LEROUX HSN
- Hamet GUEYE HSN
- Bamba Magassouba GUI
- Mory Kondé GUI
- Kégniba TRAORE HSN
- Mamadou Sampile GUI
- Léopold Randolphe DAH
- Alpha Saïdou HSN
- Babacar KA SEN
- Mankouman KEITA GUI
- Soumaïla DABO GUI
- Pierre SALAH CI
- Aubenas Léon DAH
- Algor DIOUM SEN
- Eugène Victor Agbessé DAH
- Day Konaré HSN
- Mamadou SAMASSEIKOU HSN
- Sama Sory Niento HSN
- Karamoko TRAORE HSN
- Tembila Kolindé DAH
- TALON Joseph DAH
- Athiola Zio HSN
- Koulako TRAORE GUI
- Fodé Bokar GUI
- Antoine D’ALMEIDA DAH
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