AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

L’ESPRIT PONTY

 

Le pouvoir colonial avait fait de Ponty l’école la plus prestigieuse du système éducatif, de par le niveau de son instruction et par l’aspect pratique de sa formation. C’est pourquoi ses sortants avaient constitué l’essentiel des cadres indigènes affectés dans les différents services de la fonction publique de l’époque.

Finalement, on sortait de Ponty  avec le sentiment  d’appartenir à un esprit très particulier. Un esprit  prônant  l’excellence, l’abnégation à servir son pays et surtout la ferme volonté de combattre l’injustice du pouvoir public.                        

C’est cet esprit qui a animé le mouvement associatif pontin et le militantisme syndical et politique des années 1950. Il existe indéniablement un Esprit-ponty qui est commun à toutes les promotions de l’Ecole Normale William Ponty.      

                                                                                                   

Quels sont les facteurs qui ont fait naître cet esprit et comment se manifestait-il ?

 

  • La sévérité de la sélection des Pontins  avant  et pendant  leur formation.

 

On entrait à l’école normale à la suite d’un concours organisé au niveau des différentes colonies de l’AOF. Les promotions comptaient en moyenne quatre-vingt élèves. C’est dire le niveau d’excellence qu’on exigeait. Il n’est pas rare de voir une ou plusieurs colonies qui n’ayant pas de représentant dans certaines promotions.

Tout cela faisait que les Pontins se définissaient avant tout comme les meilleurs produits de l’école coloniale. Durant toute leur formation, ce sentiment ne faisait que se fortifier. Evidemment, chacun voulait décrocher le prestigieux diplôme de l’ENWP. Ainsi, il y avait une forte émulation entre les élèves et même entre les colonies.

 

  • Le culte de l’excellence

 

Les majors de promotions jouissaient de nombreux privilèges pendant et même après leur formation. Pour chaque promotion, le major était nommé de facto responsable, reconnu et respecté par ses camarades et par l’administration scolaire. Il bénéficiait d’un livret de caisse d’épargne. Ce pécule était équivalent au traitement d’un instituteur sortant, qui était de 500 francs au cours de la promotion1938/1941. Mieux, on lui accordait le rare privilège de choisir son premier poste d’affectation. En somme, beaucoup de facteurs favorisaient l’émulation.

Signalons les appréciations données sur les élèves.

A la fin de l’année 1935-1936 la notation suivante figure après le nom de Modibo Keita « Elève modèle sur tous les rapports, belle intelligence, beaucoup d’énergie et ajoute qu’il a sauvé un de ses camarades qui se noyait, ce qui lui a valu une lettre de félicitation du Gouverneur Général ».

Quant à Mamadou Dia, il est noté « Elève sérieux, intelligent aimant l’étude, ayant un caractère réfléchi »

 Les sortants voulaient être partout les meilleurs. Ils avaient prôné cet esprit dont la plupart leurs étaient interdits. Cette étroite surveillance qu’on exerçait sur eux, était déjà vécue au moment de leur formation.

 

  • Le brassage culturel

 

L’isolement à Sébikotane, devant faciliter cette surveillance a surtout favorisé un brassage socioculturel qui a stimulé l’unité des pontins. A partir de 17 heures jusqu’au coucher, c’est le quartier libre. Les membres de chaque colonie en profitaient pour adopter leur propre mode de vie (habillement, jeu…). A la rentrée de chaque année scolaire, les élèves rejoignaient Ponty chargés de produits et d’objets typiquement locaux.

 

  • La soif d’apprendre.

 

 (Nourriture, objets d’arts, outils de toutes sortes…)

Jusque dans leur militantisme syndical, comme au SUEL où leur devise était : « sois le meilleur, où que tu sois ».

Le pouvoir colonial, lui-même, avait du mal à contenir cette jeunesse ambitieuse. De nombreux Pontins avaient tentés d’accéder à des diplômes.

La vie en commun entraînait des échanges et chacun pouvait emprunter un élément de culture chez les autres. Cette solidarité avait poussé les pontins à mettre l’accent sur ce qui pouvait les unir. Dans un tel milieu, il était peu probable qu’un pontin devint un aliéné.

Leur solidarité dépassait les frontières coloniales. L’esprit-Ponty était une façon de voir (le culte de l’excellence) et un mode de vie (la solidarité).Assane SECK témoigne ainsi : « On partait de Sébikotane jusqu’à Tambacounda où on logeait chez nos ainés de Ponty, qui même sans nous connaitre, nous recevaient malgré les difficultés de l’époque. De Tambacounda, nous prenions la postale qui une fois par semaine, assurait l’acheminement du courrier à destination de la Casamance ».

  1. Mbaye MBENGUE dit que : « nous n’étions plus sénégalais, dahoméen, mauritanien, … nous étions des « pontins ». Il donne l’exemple de Congo SIMON que ses camarades considéraient avant tout comme potin, c’est-à-dire par rapport à ses résultats scolaires et sa volonté de servir l’Afrique.

 

  • La référence au continent noir.

 

Plusieurs facteurs en sont à la base. Il s’agit de l’isolement à Sébikotane, des hauts et des bas de la vie quotidienne et surtout de la conjoncture de la domination coloniale. Cette conjoncture les avait poussé à s’agripper sur l’élément les rassemblant le plus possible : leur statut d’indigène. A partir de là, la référence à l’Afrique comptait plus que l’appartenance sociale, religieuse, régionale ou autre.

Cette prise de conscience avait favorisé un esprit fraternel entre les pontins. Il y avait un sentiment de responsabilité mutuelle entre les promotions, les colonies, les sections … les cours de suivi scolaire que les anciens donnaient à leurs cadets en sont une preuve. L’ambitieuse volonté de représenter dignement leur continent, unissait toutes les générations.

 

  • Le bizutage

 

La référence à l’Afrique peut être aussi rapprochée au bizutage. Cette pratique n’est pas l’apanage des sociétés africaines, mais elle est très proche de la croyance indigène encourageant le respect des anciens. A Ponty, chaque génération était constituée de « bleus » (les élèves de première année), des « carrés » (ceux de deuxième année) et de « cubes » (ceux de troisième année). Cette hiérarchisation, qui avait rien d’officiel était malgré tout très respectée. Les « bleus » étaient tenus d’accomplir les petites tâches comme arroser les parterres, faire le lit des « carrés » et des « cubes ».Le bizutage a participé contrairement à ce qu’on pourrait croire au renforcement de l’esprit fraternel des pontins. A cela il faut ajouter la fraternité d’armes issue de l’expérience militaire commune.

 



16/04/2023
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