Thiès (1965 - 1985) : Ouverture élargie sur l’université
En 1965 l’Ecole normale, dont une partie des locaux est transformée en prison, quitte Sébikotane pour Thiès. Elle y est installée dans une ancienne base de l’armée de l’air française, où il cohabitera avec un Cours normal.
Sous la houlette de M. Massamba Diouf puis de M. Yaré Fall, des directeurs respectueux et très rigoureux, avec l’encadrement de professeurs très compétents, parmi lesquels Cheik Alioune Ndao, Mamadou Ngom, Kalidou Camara, Mahily Gassama, Ndiaye Charles Guèye, Chalet, Demiziq, Napo Ali Pierre, l’école est restée une pépinière de référence dans la formation de l’élite enseignante sénégalaise.
En cela, l’internat a été un formidable catalyseur pour l’éveil et la maturation des générations d’adolescents qu’il a regroupées, trois ou quatre années durant, d’une promotion à l’autre. Leur prise en charge total, en termes d’hébergement, de nourriture, d’habillement, de blanchissage, de livres et fournitures scolaires, de loisirs, un modeste pécule en prime, les a placés dans des conditions d’étude optimales, en ces lieux fleurant la campagne, idéalement situés assez loin des bruits et fureurs de la ville, un peu comme à Sébikotane. La vie à l’internat a également contribué à faire de tout Pontin un battant dans une saine émulation entre des camarades qui s’apprécient et se respectent, à la formation et la consolidation de cet esprit d’équipe et de solidarité qui a résisté à l’épreuve du temps long, et est à la base de la création d’associations d’anciens Normaliens, comme la nôtre dont le credo est « Pontins pour toujours ».
A Thiès, l’Ecole Normale William Ponty qui, en fait, a fonctionné comme un lycée jusqu’en 1972, a ouvert plus largement les portes de l’enseignement supérieur à ses pensionnaires. En effet, les élèves qui se sont les plus distingués dans telle ou telle discipline, sont, après le baccalauréat, sélectionnés pour aller poursuivre leurs études à l’Université de Dakar, en tant qu’étudiants relevant de l’Ecole Normale Supérieure de Dakar, avec le grade d’instituteur stagiaire. Ils représentaient, en moyenne, 20% des effectifs des classes Terminales.
Après l’obtention de la Maîtrise ou de la License l’Université, ils subissent à l’Ecole Normale Supérieure devenue plus tard Faculté (FASTEF), des formations en vue du Certificat d’Aptitude à l’Enseignement Secondaire (CAES), ou du Certificat d’Aptitude à l’Enseignement Moyen (CAEM), du respectivement. Certain poursuivront leurs études jusqu’au Doctorat, à Dakar ou ailleurs.
Les autres sortants de Ponty, non moins méritants, sont orientés au Centre de Formation Pédagogique Supérieure (CFPS) jouxtant l’ENWPT. Certains, après quelques d’années d’enseignement dans l’élémentaire ou le secondaire, poursuivront leur carrière jusqu’à l’Inspectorat, ou prendront le chemin des amphithéâtres de l’Université pour y accomplir des parcours tout aussi remarquables.
En 1972, avec comme directeur M. Alpha Ly, l’institution devient Ecole Normale Régionale William Ponty de Thiès, pour une formation sur quatre années sanctionnée par le Brevet Supérieure d’Etudes Normales (BSEN). Elle n’enverra désormais plus d’élèves à l’Ecole normale supérieure de Dakar, donc plus à l’Université. Elle perdra ainsi de sa spécificité, avec les réformes du système éducatif, puis la multiplication des Écoles de formation d’instituteurs (EFI). Elle sera, dans cette dynamique, transférée à Kolda en 1985.
Comme à Gorée et à Sébikotane, l’Ecole Normale William Ponty de Thiès brillera de mille feux au plan culturel, principalement dans le domaine théâtral, avec de sublimes interprétations de pièces comme « L’exil d’Alboury » et « Le dernier fils de l’Almamy » de Cheik Alioune Ndao, ou « Trois prétendants, un mari » de Guillaume Oyono Mbia.
TEMOIGNAGE BABACAR GUEYE PROMOTION 1964-1967
"Notre promotion a rejoint Sébikotane 1964 et a été la dernière de ce site avant le transfert de l'école à Thiès.
Elle comprenait une soixantaine d'élèves-maîtres provenant pour l'essentiel des cours normaux de Mbour et de Ziguinchor mais le tiers de l'effectif venait des collèges et cours complémentaires de Dakar, Rufisque, Thiès et Saint-Louis.
Sa composition était bien le reflet de la diversité ethnique du Sénégal. Ainsi les Baldé, Bop, Diagana, Diatta, Dicko, Goumblé, Kane, Mariko, Pouye, Thiaré et Sagna cohabitaient avec les Diallo Diop, Ndiaye, Sall et Samb.
Pour moi qui venais d'un collège, les conditions de l'internat de Sébikotane étaient idéales pour un travail sérieux d'autant que les professeurs étaient très compétents.
L'un deux m'a profondément marqué: il s'agit de Khila Dièye, professeur de mathématiques. Mr Dièye fut mon premier professeur africain et sa présentation des mathématiques modernes éveilla mon goût pour cette matière alors que j'avais commencé le premier cycle en série classique.
Malgré la forte émulation qui nous animait il y'avait aussi de la solidarité entre les élèves. C'est ainsi que grand commençant en physique-chimie, je me rappelle avoir bénéficié d'un fort soutien de mes camarades qui avaient débuté cette matière en 4 ème.
A la rentrée 1965, nous regagnâmes la base aérienne de Thiès qui venait d'être libérée par l'armée française. La mémé année, l'école normale des jeunes filles quitta le lycée Ahmet Fall de Saint-Louis pour Thiès et certaines classes des séries scientifiques étaient mixtes.
Le site de Diakhao rappelait Sébi par certains côtés et nous avons pu continuer à travailler dans une saine émulation sans être dépaysés." Le transfert à Thiès coïncida avec l'arrivée de très jeunes professeurs français effectuant leur service militaire dans le cadre de la coopération.
Les relations avec ces professeurs furent si fortes qu'elles se transformèrent en amitié et continuent de nos jours.
Les figurent marquantes de la promotion sont :
- Feu Assane Goumblé, major au concours d'entrée qui devint inspecteur de la jeunesse.
Militant socialiste, il fut conseiller municipal à Dakar et conseilla le Président Diouf
- Feu Papa Ibrahima Diaw, ingénieur informaticien, pionnier de l'informatique d'entreprise
- Alassane Samb, deuxième au concours, est un spécialiste halieute.
- Ibrahima Sarr, est ingénieur démographe.
- Elimane Sèye, professeur et principal dirigea le collectif des chefs d'établissement.
- Ousmane Ndiaye, pilier du scoutisme, est interprète de conférence."
PHOTOS D'ELEVES DES PREMIERES PROMOTIONS DE THIES
A découvrir aussi
- Sébikotane (1937-1965) : Un lieu d’enracinement rural
- Témoignage et souvenirs d'un Pontin sur Ponty - Par Mamadou WADE*
- Les pontins : une élite intellectuelle contestataire
Inscrivez-vous au blog
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 96 autres membres