AMICALE DES ANCIENS DE L'ECOLE NORMALE WILLIAM PONTY

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Télétravail et téléenseignement : lacune et…. réticences - Par Fara SAMBE *

Le monde du travail est en mutation depuis plus d’une décennie avec la digitalisation. La crise de la Covid-19 aura donné une nouvelle impulsion au télétravail comme alternative, en lui révélant plus d’avantages que d’inconvénients.  Pourtant, les entreprises étaient encore réticentes, avant d’y être forcées par la pandémie.  Le reste est question de changement des mentalités.

 

Beaucoup d’entrepreneurs se sont résolus au télétravail durant le confinement. Si c’était pour ne pas avoir à à mettre la clé sous le paillasson, les avantages ont surpassé les réticences et craintes souvent infondées.  


Au Sénégal, alors que le concept «apprendre à la maison» supplantait les classes, le gouvernement avait depuis longtemps fait l’option de s’interconnecter. Grâce au travail de l’Agence de l’informatique de l’Etat (ADIE) dirigée par Cheikh Bakhoum, les plateformes ont pu connecter différents services.

 

Et dès aujourd’hui, les 4 500 km de fibre optique posés, devraient permettre d’interconnecter tous les démembrements de l’administration. Alors qu’avec l’Apix, la dématérialisation pourra faire des bonds à l’avantage du monde des affaires. Car en dépit de la volonté affichée, on avançait encore au pas du dromadaire.

 

En effet, nombreux sont encore les écueils dont la dimension humaine n’est pas des moindres. Alors qu’en France (benchmark oblige), une enquête du Forum Vies Mobiles, à l’heure du dé-confinement début juin, démontrait que de 7% des salariés auparavant, le télétravail touchait 33% des personnes en activités.

 

Un sondage plus récent de PSA concluant que « le confinement a prouvé qu'une partie du travail pouvait se faire à distance, et il sera désormais plus compliqué aux managers de refuser du télétravail. L’expérience forcée ayant   donné un indice de satisfaction plutôt encourageant». Puisque, « 73 % des télétravailleurs interrogés souhaitent continuer leur pratique à domicile de manière régulière (pour 32 %) ou ponctuelle (41 %) », écrit le journaliste Rémi Pin. 

 

 LE VIRTUEL ESPACE : EDUCATION, TOURISME, BUSINESS…

 

Toutefois, il est à préciser que l’essentiel du télétravail concernera les activités qui ne sont pas directement liées à la production.  Dans l’éducation et la formation, le Sénégal a fait l’option de la poursuite des cours via le net et la télévision. Même si l’expérience a également montré ses limites (absence d’interactivité, déficit de contact, d’exercices et de corrigés). Pour autant, le pays qui avait déjà ouvert les chantiers par l’Université virtuelle (UV) a été confronté à de sérieuses difficultés. Surtout à cause des retards dans la mise en place des espaces numériques Ouverts (ENO) permettant aux moins nantis, voire à tous de se connecter. Le principal frein venant en fait des réticences, voire de l’impopularité de l’UV pour les bacheliers.

 

De nombreux étudiants et parents refusant ce qui est considérée comme un enseignement par défaut. Pourtant, un ancien étudiant comme Alassane Diop qui avait tantôt classé l’UV au 9ème rang de ses options post-bac, est aujourd’hui totalement acquis et défend la pertinence du modèle. Les cours à la télévision (par d’excellents professeurs), sur les radios, et par Internet également, car ayant permis à de nombreux apprenants de combler le vide. Et ceux qui s’y sont mis ne le regrettent pas. D’autant que c’est désormais incontournable, alors que les MOC envahissent la toile pour l’acquisition à moindre coût (voire gratuitement) de qualifications jusqu’ici réservées à une élite.


Mais c’est surtout au niveau des entreprises que les mutations seront plus profondes. Vu les gains de temps, d’efficacité et même de rentabilité que permet la dématérialisation. Déjà qu’avec Gaïndé 2000 et Orbus, le Sénégal avait fait l’option gagnante de l’efficacité et de la vitesse sans les erreurs dues aux facteur humain. Les compagnies aériennes, les opérateurs du tourisme ont quant à eux adapté leurs modèles d’affaires depuis plus d’une décennie. Ce qui explique en partie les pertes subies dans ces secteurs par les «grincheux». Même les salons sont aujourd’hui virtuels. Il ne s’agit plus de convaincre : ceux qui refusent seront laissés en rade. 

 

Dans le secteur touristique, c’est passé en effet comme lettre à la poste, vu que les tours opérateurs y trouvent leur compte. Le Sénégal y perd d’ailleurs beaucoup, les voyages étant aujourd’hui planifiés en ligne, induisant des pertes énormes pour le « pays de la Téranga » toujours perdant face aux offres en direction de l‘Afrique du Nord. Beaucoup pointent du doigt la promotion, notamment notre présence timide au niveau des grands événements comme Deauville. Or c’est devenu peu pertinent à l’heure des salons et de la participation virtuels.

 

Mais, outre la qualité dégradée des réceptifs (à l’exception du projet inabouti de Joal Fignon) et la faible diversification des offres, il nous manquons de plateformes interactives, alliant animation vidéo et visites guidées online. A défaut, nos musées et autres sites resteront inconnus et donc déserts.


La presse a également démontré sa capacité à se passer de présence massive dans les rédactions. Il s’agira pour elle d’aller vers l’autonomisation des correspondants  dans les régions, les départements ou même les villages, ainsi que l’avait tenté l’APS en pionnier. Ce qui peut  même être tout bénéf pour l’audience et l’exhaustivité de la couverture médiatique. Et ça coûte moins cher !

 

L’ECUEIL DE L’ACCESSIBILITE POUR TOUS


Mai, car il y en a un mais…. «En Afrique subsaharienne, 89% des apprenants n’ont pas accès aux ordinateurs familiaux et 82% n’ont pas internet », souligne l’Unesco dans un communiqué, dénonçant une «fracture numérique préoccupante dans l’enseignement à distance». Et cela, bien que le mobile aura déjà réduit les coûts à la portion congrue, tant en termes d’équipement que de connectivité. De plus « environ 56 millions d’apprenants vivent en des lieux non desservis par les réseaux mobiles, dont près de la moitié en Afrique subsaharienne», ajoute l’Unesco. Raison pour laquelle l’annonce par le ministre Thierno Talla et son homologue Cheikh Oumar Hann du recours à l’enseignement à distance n’a pas été bien accueillie. La principale critique tenant à l’accessibilité, surtout en zone rurale, en l’absence d’électricité et face au manque d’équipements individuels (ordinateurs, tablettes, wifi).

 

En France, dès que la choix avait porté sur le télé-enseignement à l’heure du confinement, il a fallu distribuer gratuitement des dizaines de milliers d’ordinateurs portables aux plus démunis, y compris assurer leur initiation et encadrement de base. C’est un premier palier que le Sénégal avait franchi au début de l’Internet. Alors qu’aujourd’hui, outre l’existence de zones blanches, il y a un «net-illettrisme » qui freinerait l’idéal de démocratisation de l’enseignement à distance.


LA PEUR DU TRAÇAGE


Ensuite, au niveau même des entreprises, il faudra vaincre la peur de l’inconnu qui hante face à la nouveauté.  Beaucoup hésitent encore à confier leurs sous aux services de paiement en ligne. Pourtant, tous vont devoir s’y résoudre et les plateformes sont de plus en plus sécurisées. D’aucuns pointent du doigt le traçage inévitable. Alors qu’en plus d’être déjà effectif avec les cartes nationales d’identités, les téléphones portables, tablettes et ordinateurs, il faudra combattre cette hantise de la surveillance par « Big Brother » que brandissent des adeptes du cinéma. Car « IL » est déjà là : ce n’est plus de la science fiction. Nos passeports, nos cartes d’identités numérisées, les caméras de surveillance dans les rues, tout cela participe de l’évolution du monde globalisé. La sécurité, la transparence et la sûreté même en dépendent. Alors que concernant l’éducation et la santé pour tous, depuis la résurgence des pandémies, le traçage est devenu inévitable pour préserver la majorité. De là à ce que d’aucuns soupçonnent les vaccins de comporter des puces  implantées, il n’y qu’un pas que des « complotistes » ont déjà allègrement franchi. Pour autant le télétravail s’imposera, mais ne saurait être obligatoire pour qui voudra vivre en Robinson Crusoé. Loin du village global ?

 

(*) Rédacteur en chef de La Gazette 


~ Article publié dans La Gazette N°398

 

 



06/08/2020
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